La présence croissante des requins dans le Saint-Laurent : un changement de paradigme pour les pêcheurs
Dans les eaux du Saint-Laurent, la croissance de la population de requins, notamment le grand requin blanc, suscite un intérêt inattendu chez les pêcheurs de Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine. Au lieu d’inquiétude, ces professionnels voient là une opportunité potentielle pour leur métier. En effet, l’augmentation des prédateurs marins pourrait aider à réguler la population de phoques gris qui inquiète déjà certains acteurs du secteur.
Une cohabitation bénéfique ?
Pour Charles Poirier, président du Rassemblement des Pêcheurs et Pêcheuses des Côtes des Îles (RPPCÎ), l’arrivée plus fréquente de requins est une bonne nouvelle. Il déclare : « C’est sûr que c’est de bon œil pour nous, parce que les phoques gris, il commence à y en avoir beaucoup. S’il y a un prédateur à part nous autres, ça va être bien. » Cette opinion est partagée par Samantha Bois, représentante des pêcheurs à engins fixes au sein de l’Association des capitaines-propriétaires de la Gaspésie (ACPG). Elle estime que cette dynamique pourrait modifier le comportement des phoques : « Je me dis que le requin blanc va peut-être apporter le fait que les phoques vont diminuer un peu… je dis que ce n’est pas négatif ça. »
Des préoccupations réglementaires
Cependant, malgré cet optimisme face aux requins, une autre crainte émerge parmi les pêcheurs : celle d’éventuelles réglementations imposées par le ministère Pêches et Océans Canada (MPO). Samantha Bois alerte sur ce point en expliquant qu’une augmentation notable du nombre de grands requins blancs pourrait mener à des mesures restrictives pour protéger ces espèces. Charles Poirier renchérit : « Ce qui nous fait peur… c’est le MPO peut mettre les requins à protéger… »
Gil Thériault, directeur général de l’Association des chasseurs de phoque intra-Québec (ACPIQ), partage également ses doutes concernant l’impact réel sur la population piscicole locale si davantage de phoques venaient à disparaître sous l’effet prédatoire des requins. Il souligne qu’il faudrait éliminer entre 60 000 et 80 000 phoques gris chaque année pour voir une amélioration significative dans leurs populations.
Un équilibre fragile
Les enjeux autour du phoque gris sont exacerbés par sa protection légale qui limite fortement sa chasse. Gil Thériault explique clairement cette problématique : « La chasse est pratiquement arrêtée… » Cela soulève une question cruciale sur l’équilibre entre conservation et exploitation durable.
Alors que l’écosystème marin évolue avec la montée en puissance du grand requin blanc dans le golfe du Saint-Laurent, il devient essentiel pour tous les acteurs concernés—pêcheurs comme écologistes—de trouver un terrain d’entente afin d’assurer non seulement leur survie économique mais aussi celle d’un environnement marin sain.
Une promesse d’avenir
Ainsi se dessine un nouveau chapitre pour ceux qui vivent au rythme des vagues et s’efforcent quotidiennement d’harmoniser leur activité avec la nature environnante. Les défis sont nombreux mais porteurs d’espoir ; car après tout, chaque nouvel acteur dans cet écosystème apporte son lot unique d’opportunités… ou tout simplement rappelle combien notre relation avec la nature doit rester empreinte d’humilité et de respect.
Dans cette danse délicate entre humains et créatures marines se cache sans doute une belle histoire encore inachevée…

