L’univers des cybermenaces est aussi complexe que fascinant, peuplé de groupes aux noms évocateurs comme Fancy Bear ou Brass Typhoon. Ces appellations, souvent attribuées par des chercheurs en cybersécurité, révèlent une réalité plus nuancée : la plupart de ces entités ne choisissent pas leur nom. Dans un monde où l’identité numérique se heurte à l’espionnage étatique et à la cybercriminalité, comprendre qui se cache derrière ces étiquettes devient essentiel pour mieux appréhender les menaces.
Une traque sans fin
Suivre l’actualité cyber ressemble à une chasse perpétuelle. Face à des hackers masqués qui changent constamment de tactiques, les analystes et chercheurs doivent s’efforcer de déchiffrer cette menace insaisissable. Pour cela, il a été nécessaire d’inventer un langage commun : donner un nom à cet ennemi invisible.
Avec la montée en puissance des attaques sophistiquées orchestrées par des groupes organisés, les fameux APT, ou Advanced Persistent Threat, le besoin de cartographie et de narration est devenu central. Nommer permet non seulement de suivre mais aussi de comprendre et raconter l’histoire unique de chaque groupe.
Un système complexe
Les exceptions existent cependant dans ce domaine hautement codifié. Certains groupes revendiquent leur propre identité, comme ceux liés au ransomware tels que LockBit ou Conti, dont la motivation première est financière. Ils cherchent à rendre leur nom célèbre pour instaurer la peur et renforcer leur position lors des négociations avec leurs victimes.
Pour d’autres collectifs liés à l’espionnage étatique, c’est tout autre chose. Ces groupes très discrets n’acceptent généralement pas le nom qui leur est attribué publiquement. Le terme APT reste emblématique dans le milieu du renseignement sur les menaces cybernétiques, utilisé par toutes les organisations sérieuses dans ce domaine.
Des nomenclatures variées
Différentes entreprises ont développé leurs propres systèmes pour désigner ces acteurs malveillants. Par exemple :
CrowdStrike associe un animal à un adjectif pour indiquer l’origine géographique présumée (Fancy Bear pour la Russie).
Microsoft, quant à elle, s’inspire depuis 2023 des phénomènes météorologiques (Blizzard pour la Russie).
Depuis janvier 2025, Palo Alto Networks utilise une nomenclature astronomique où chaque nom indique une catégorie ou région d’activité du groupe (Virgo désignant un groupe hacktiviste).
Cette créativité peut mener cependant à une confusion totale : un même groupe peut être désigné sous plusieurs noms selon les sociétés, APT41 devient Wicked Panda chez CrowdStrike tandis qu’il est connu sous le nom Brass Typhoon ailleurs.
Vers une harmonisation nécessaire
Face aux difficultés rencontrées par les professionnels du secteur devant cette absence de standardisation, Microsoft et CrowdStrike ont lancé en juin 2025 un projet commun visant à établir une liste claire regroupant plus de 80 noms utilisés pour différents groupes importants afin que chacun puisse s’y retrouver facilement.
L’harmonisation complète reste néanmoins difficile car chaque société conserve ses propres critères d’attribution des noms. Ce choix a également son importance sur comment le public perçoit ces entités ; ainsi appeler un groupe d’espionnage iranien « Charming Kitten » n’est pas neutre du tout !
Derrière cette bataille d’étiquettes se joue en réalité une lutte d’influence au sein du monde cybernétique où chaque entreprise tente d’imposer ses conventions comme référence incontournable.
Dans ce monde obscur où se mêlent espionnage et criminalité numérique, il est essentiel non seulement de connaître ces acteurs mais aussi leurs motivations profondes qui façonnent notre sécurité numérique quotidienne. La prochaine fois que vous entendrez parler d’un Fancy Bear ou d’un Brass Typhoon, rappelez-vous qu’au-delà du nom se cache toute une histoire… celle qui pourrait bien influencer votre vie digitale !


